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Communiqué immédiat:
23 Mars 2010

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Adam Roberts
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COUP DE MASSUE SUR LES REQUINS À DOHA

DOHA — Les délégués participant à la 15ième session de la Conférence des Parties à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) ont rejeté aujourd’hui une proposition présentée par Palaos et les Etats-Unis visant l’adoption d’une protection décisive pour trois espèces de requin-marteau globalement menacées par le commerce des ailerons de requins. 

« Les espèces de requins se raréfient dans le monde entier, du fait de leur surexploitation pour le commerce des ailerons », a déclaré Linda Paul, directrice internationale du Programme des espèces menacées de l’organisation Earthtrust, membre du Species Survival Network (SSN). « La CITES est l’un des rares outils qui nous permette de maîtriser, de manière appropriée, le commerce mondial des ailerons et des autres parties du requin, et d’inverser la tendance rapide vers l’extinction que nous observons aujourd’hui. Refuser d’accorder la protection de la CITES au requin-marteau halicorne et aux autres membres de sa famille est un pas en arrière, qui pourrait empêcher ces espèces menacées de récupérer. » 

A l’issue d’un débat difficile, et malgré une grande majorité globale, les auteurs de la proposition ne sont pas parvenus à obtenir les deux tiers des votes nécessaires pour garantir l’inscription à l’Annexe II. L’Espagne, au nom de l’UE, l’Arabie Saoudite, le Brésil et le Qatar ont soutenue la proposition, tandis que Cuba, la Chine, Singapour et l’Indonésie s’y sont oppoosés. Soixante-quinze pays ont voté pour, 45 Parties contre, et 14 se sont abstenues. 

La proposition contenait des arguments convaincants, spécifiant que le requin-marteau halicorne serait probablement menacé d’extinction à moins que le commerce de ses ailerons, parties et produits ne fasse l’objet d’un suivi et ne soit réglementé. Par exemple, la population de requins-marteaux halicorne de l’Atlantique Nord-Ouest a baissé de 89 % en quinze ans ; par ailleurs les ailerons de requins-marteaux vendus aux enchères atteignent un prix moyen de 125 $ le kilo. Tous les ans, environ 1,3 à 2,7 millions de requins-marteaux halicornes et de requins-marteaux lisses sont prélevés pour le commerce d’ailerons de requins. 

Contrairement aux informations mensongères diffusées par les négociants d’ailerons, une inscription à l’Annexe II n’interdira aucunement le commerce d’ailerons et de morceaux de requins. « À titre d’exemple, au Mexique, 90 % du total des produits du requin sont utilisés sur le marché intérieur ; seuls 10 % des produits, principalement des ailerons et de la viande, sont exportés », a déclaré Juan Carlos Cantu, de l’organisation Defenders of Wildlife, également membre du Species Survival Network. « Une inscription à l’Annexe II n’aura aucune répercussion sur 90 % des produits consommés au Mexique, et sur 10 % qui sont exportés, seule les parties prélevées sur les espèces inscrites à l’Annexe II seront réglementées, mais leur commerce ne sera pas interdit. » 

La pratique consistant à arracher les ailerons de requins pour répondre à la demande croissante de soupe d’ailerons de requins remonte au début des années quatre-vingt-dix et à l’essor de la richesse de la Chine méridionale. « Chaque année, jusqu’à 100 millions de requins sont abattus dans le monde, uniquement pour leurs ailerons », s’est insurgée Rebecca Regnery, directrice adjointe du programme spécialisé sur les espèces sauvages de l’organisation Humane Society International. « Une fois que les ailerons ont été retirés, le reste du requin est jeté par-dessus bord, un gaspillage déplorable, aux yeux de nombreuses cultures. » 

Les ailerons de requins, l’un des ingrédients alimentaires les plus chers au monde, sont considérés comme un ingrédient prestigieux dans la soupe d’ailerons de requins, qui est essentiellement consommée en Asie de l’Est et du Sud-est. Les clients peuvent payer jusqu’à 100 $ le bol. Pourtant, peu d’entre eux se rendent compte que la « soupe d’ailerons de requins » est juste un bouillon de poulet auquel on ajoute des rayons d’aileron en cartilage insipide pour obtenir une texture gélatineuse croquante. 

Selon les estimations, les activités de braconnage de requins non déclarées pour le commerce d’ailerons dépassent largement celles du commerce licite. Les régions de pêche de presque tous les Etats côtiers ont été pillées dans le seul but de satisfaire la demande internationale en ailerons de requins. Bien que certains braconniers aient été arrêtés et que leur bateau et leurs prises aient été confisqués, beaucoup d’autres continuent à décimer les populations côtières de requins, et ce, en toute impunité. 

L’inscription d’espèces similaires est un important outil de lutte contre la fraude, d’autant que les ailerons des trois espèces de requins-marteaux sont pratiquement identiques; les douaniers ont d’ailleurs des difficultés à déterminer quelles espèces sont dans le commerce quand de grandes quantités d’ailerons toutes mélangées arrivent aux postes d’inspection. « En outre, l’arrachage illégal des ailerons empêche la collecte de données spécifiques aux espèces et rend extrêmement difficile l’évaluation de la taille des populations, la gestion des stocks et la vérification des répercussions du commerce sur chaque espèce de requin par les organes de gestion» , a déclaré Mme Paul. « Si les organisations régionales de gestion des pêcheries peuvent gérer les stocks de requins, il leur est impossible de faire de même avec le commerce des ailerons. » 

« Il ne reste plus qu’à espérer que la condition critique de ces espèces sera de nouveau soulevée à l’occasion de la prochaine réunion de la Conférence des Parties à la CITES, et que l’on pourra les inscrire aux Annexes, comme elles le méritent et le nécessitent. Nous espérons aussi qu’à l’avenir, les Parties adopteront une Résolution interdisant le commerce international de tous les ailerons de requins qui ne seront pas attachés naturellement à un requin » a conclu Mme Paul. « L’adoption d’une telle mesure permettrait de ne plus avoir à proposer l’inscription d’autres espèces de requins aux Annexes de la CITES, parce que leur existence est menacée par le commerce des ailerons. »


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